Efficacité clinique et médico-économique de l'EMDR pour le TSPT chez les enfants et adolescents : revue systématique et méta-analyse

Efficacité clinique et médico-économique de l’EMDR pour le TSPT chez les enfants et adolescents : revue systématique et méta-analyse

Mis à jour le 4 juillet 2026

Une revue systématique et méta-analyse publiée dans Clinical Psychology & Psychotherapy par l’équipe du Sheffield Centre for Health and Related Research évalue l’efficacité clinique et médico-économique de l’EMDR dans le traitement ou la prévention du TSPT chez les enfants et adolescents. L’étude, conçue pour actualiser les recommandations NICE 2018 (Royaume-Uni), identifie une taille d’effet importante de l’EMDR par rapport à la liste d’attente/soins usuels, et une équivalence avec la TCC centrée sur le trauma (TF-CBT) — sur la base d’un nombre limité d’essais.

En bref

Si la TCC centrée sur le trauma (TF-CBT) reste l’approche la plus largement utilisée pour le TSPT, l’EMDR présente un potentiel intéressant pour les populations pédiatriques. La base de preuves étant cependant limitée pour les enfants et adolescents (les recommandations NICE 2018 ne s’appuyaient que sur deux RCT), Sutton et al. (2025) ont conduit une revue systématique et méta-analyse enregistrée auprès de PROSPERO (CRD42023463360), suivant les recommandations PRISMA. Huit RCT (794 participants au total) évaluant l’efficacité clinique et une étude évaluant le rapport coût-efficacité ont été inclus. Les critères d’éligibilité reflétaient ceux des recommandations NICE 2018. La méta-analyse (sur 5 études, 393 participants) révèle une taille d’effet importante de l’EMDR par rapport à la liste d’attente/soins usuels : SMD = 1,57 ; IC à 95 % de crédibilité : 0,07-3,21, avec une hétérogénéité substantielle entre études. Deux essais comparent l’EMDR à la TF-CBT : pas de différence significative entre les deux approches. Sur le plan médico-économique, selon une modélisation utilisée pour NICE 2018, l’EMDR se classait 6e sur 10 interventions (mais 3e si l’on regroupe les sous-types de TF-CBT). Tous les essais inclus présentent un risque de biais élevé ou modéré. Les auteurs concluent que l’EMDR est efficace pour réduire les symptômes de TSPT chez les enfants et adolescents, mais que des RCT de meilleure qualité sont nécessaires.

Résumé

L’Eye Movement Desensitisation and Reprocessing (EMDR) est une thérapie psychologique utilisée pour traiter le trauma. Bien que la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma (TF-CBT) soit souvent utilisée, l’EMDR a un potentiel pour traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Les recherches antérieures se sont concentrées sur des populations adultes, avec peu de données disponibles pour les enfants et adolescents. Une revue systématique a été conduite pour évaluer l’efficacité clinique et médico-économique de l’EMDR dans le traitement ou la prévention du TSPT chez les enfants et adolescents. Les essais contrôlés randomisés (RCT) ont été identifiés via une recherche exhaustive dans six bases de données en septembre 2023. Les critères d’éligibilité étaient basés sur les recommandations NICE 2018 sur le TSPT. Les données ont été extraites et le risque de biais évalué en utilisant l’outil Cochrane Risk of Bias 2.0. Des méta-analyses ont été conduites lorsque c’était approprié. Sur 1 220 enregistrements uniques identifiés, neuf études ont satisfait aux critères d’inclusion. Huit RCT (n = 794 participants) ont exploré l’efficacité clinique, et une étude a examiné l’efficacité médico-économique. La plupart des études comparaient l’EMDR à la liste d’attente/soins usuels. Une méta-analyse a démontré une taille d’effet significative et importante (SMD 1,57 ; IC 95 % de crédibilité = 0,07-3,21) du traitement EMDR (délivré 3 mois ou plus après le trauma) comparé à la liste d’attente/soins usuels pour les enfants et adolescents avec TSPT, dans diverses populations incluant les réfugiés et les victimes de violence physique et/ou sexuelle. Deux essais ont comparé l’EMDR à la TF-CBT et n’ont trouvé aucune différence significative entre les thérapies. À partir des preuves très limitées sur l’efficacité médico-économique disponibles, l’EMDR a été classée au 6e rang sur 10 interventions. L’EMDR a démontré son efficacité dans la réduction des symptômes de TSPT chez les enfants et adolescents, particulièrement par rapport à la liste d’attente/soins usuels. Toutefois, davantage de RCT de haute qualité sont nécessaires pour établir des conclusions définitives. De plus, la recherche future devrait donner la priorité à des analyses médico-économiques intégrées aux essais pour fournir une compréhension plus complète du profil coût-bénéfice de l’EMDR.

Points clefs

Type d’étude : revue systématique et méta-analyse, conforme aux recommandations PRISMA et au guide CRD de l’Université de York, enregistrée sur PROSPERO (CRD42023463360). Objectif explicite d’actualiser les recommandations NICE 2018 sur le TSPT.

Critères d’éligibilité alignés sur NICE 2018 :

  • Design : RCT uniquement pour l’efficacité clinique ; QALYs pour l’efficacité médico-économique.
  • Population : enfants et adolescents avec TSPT (diagnostic DSM, CIM ou similaire) ou symptômes sous-seuil (≥ 1 mois).
  • Intervention : EMDR.
  • Comparateurs : TF-CBT, thérapies psychosociales, thérapies non pharmacologiques, liste d’attente, soins usuels.
  • Exclusions : troubles de l’adaptation, deuil traumatique, psychose, handicap d’apprentissage, études avec moins de 10 participants par bras.

Stratégie de recherche : 6 bases de données (MEDLINE, Embase, PsycINFO, Cochrane Library, CINAHL, PTSDpubs) + EMDR Publications Database. Recherche conduite en septembre 2023, avec mise à jour en janvier 2025. Recherche limitée aux publications postérieures à 2018 (les RCT antérieurs ayant été recherchés dans la revue NICE 2018).

Études incluses : sur 1 220 titres/résumés criblés → 8 RCT (9 rapports) inclus pour l’efficacité clinique + 1 étude médico-économique. N = 794 participants (371 EMDR, 82 TF-CBT, 341 liste d’attente/soins usuels/pas de traitement).

Caractéristiques des études :

  • Publiées entre 2017 et 2021.
  • Pays : Pays-Bas (2), Mexique (2), Turquie (2), Espagne (1), Iran (1).
  • Protocoles EMDR variés : EMDR standard à 8 phases, EMDR-IGTP (Integrative Group Treatment Protocol), EMDR-IGTP-OTS (Ongoing Traumatic Stress), EMDR-PRECI (Protocol for Recent Critical Incidents), et un protocole d’auto-aide dérivé de l’EMDR (Karadag 2021 — COVID-19).
  • Nombre de séances : de 3,5 (moyenne) à 12 séances, sur des durées allant de 2 jours à plusieurs semaines.
  • Types de traumas : réfugiés, abus/maltraitance, violence sexuelle/physique, hospitalisation/COVID-19, cancer, traumas mixtes.

Méta-analyse principale — EMDR vs liste d’attente/soins usuels/pas de traitement (5 études, 393 participants) :

  • SMD = 1,57 (IC 95 % de crédibilité : 0,07-3,21) — taille d’effet importante selon les critères de Cohen.
  • Hétérogénéité substantielle : écart-type inter-études = 1,55 (IC 95 % : 0,69-2,65), indiquant que l’effet de traitement dans une étude pourrait être jusqu’à 50 fois supérieur à celui d’une autre.
  • L’hétérogénéité est principalement due à l’étude Jiménez 2020 qui montre un effet particulièrement important (SMD = 3,79).
  • Effet favorable à l’EMDR dans toutes les études incluses.
  • Amélioration par rapport à NICE 2018 : la revue NICE 2018, fondée sur seulement 2 études, n’avait pas trouvé de différence significative (SMD = 0,90 ; IC 95 % de crédibilité : -0,85 à 2,64).

EMDR vs TF-CBT (2 études, méta-analyse non réalisable car < 3 études) :

  • Pas de différence significative entre les deux thérapies.
  • de Roos 2017 : aucune différence à la fin du traitement, 3 mois ni 12 mois (p global = 0,60).
  • Jaberghaderi 2019 : aucune différence à 2 semaines (p = 0,658).
  • Les deux thérapies améliorent les symptômes, l’EMDR nécessitant au minimum 3 séances et la TF-CBT jusqu’à 12 séances.

EMDR pour la prévention du TSPT (enfants avec symptômes sous-seuil, 2 études) :

  • Deux études : Meentken 2020/2021 (enfants hospitalisés) et Osorio 2018 (adolescents atteints de cancer).
  • Méta-analyse non réalisable (< 3 études et données manquantes).
  • Osorio 2018 : avantage statistiquement significatif de l’EMDR (p < 0,01).
  • Ces études sont nouvelles par rapport à la revue NICE 2018.

Qualité méthodologique (Cochrane RoB 2.0) :

  • Toutes les études sont à risque de biais élevé ou modéré : 4 études à risque élevé, 4 à risque modéré.
  • Toutes les études sont non aveugles.
  • Toutes utilisent uniquement des mesures auto-rapportées.
  • Les principales préoccupations méthodologiques : randomisation, mesure des résultats, rapport sélectif des résultats.

Autres résultats cliniques :

  • Taux d’interruption : pas de différence significative entre EMDR et TF-CBT ; données contradictoires pour EMDR vs liste d’attente/soins usuels.
  • Effets indésirables : 3 études sur 7 rapportent ces données, sans signal de sécurité préoccupant.
  • Dépression et anxiété (symptômes comorbides) : EMDR supérieure à la liste d’attente/soins usuels ; pas de différence avec la TF-CBT.

Efficacité médico-économique :

  • Aucun RCT n’a conduit d’analyse coût-efficacité intégrée à l’essai (limite importante).
  • Une seule étude médico-économique identifiée (Mavranezouli et al. 2020, utilisée pour NICE 2018) : modèle hybride (arbre de décision + Markov) basé sur une méta-analyse en réseau de 29 RCT.
  • Classement EMDR : 6e sur 10 interventions + pas de traitement.
  • Mais : le classement ventile la TF-CBT en plusieurs sous-types (thérapie cognitive, exposition narrative, exposition/PE, Cohen TF-CBT/CPT, thérapie de groupe). Si l’on regroupe les TF-CBT, l’EMDR serait 3e, seulement précédée de la TF-CBT et de la play therapy.
  • Raison du classement : malgré des coûts d’intervention directs plus faibles pour l’EMDR, les données d’efficacité du modèle suggéraient que TF-CBT et play therapy aboutissaient à plus de rémissions, d’où des coûts de santé à long terme plus élevés et moins de QALYs pour l’EMDR.

Limites identifiées par les auteurs :

  • Base de preuves limitée (8 RCT seulement).
  • Toutes les études à risque de biais élevé ou modéré.
  • Utilisation exclusive de mesures auto-rapportées.
  • Très peu de comparaisons actives (seulement 2 essais EMDR vs TF-CBT).
  • Peu de données sur la prévention (2 études).
  • Suivis généralement courts (2 semaines à 12 mois).
  • Absence complète d’analyses coût-efficacité intégrées aux essais.
  • Limite de la revue elle-même : date limite de recherche à 2018 (les RCT antérieurs étant issus de NICE 2018), alors que la bonne pratique aurait été une recherche sans limite de date.

Recommandations des auteurs pour la recherche future :

  • RCT de meilleure qualité méthodologique, avec aveugle des évaluateurs quand possible (les mesures cliniciens-administrées permettraient un aveugle des évaluateurs).
  • Études comparant l’EMDR à des interventions actives, notamment la TF-CBT.
  • Études sur la prévention et l’intervention précoce.
  • Suivis à long terme.
  • Analyses coût-efficacité intégrées aux essais (within-trial cost-effectiveness analyses).

A retenir pour la pratique clinique 

Une base de preuves qui se consolide chez l’enfant et l’adolescent : la revue systématique met à jour substantiellement le volume de preuves par rapport à NICE 2018, qui ne disposait que de 2 RCT pertinents. Les 8 RCT désormais disponibles suggèrent une efficacité de l’EMDR par rapport à l’absence de traitement, avec une taille d’effet importante (SMD = 1,57).

Équivalence EMDR / TF-CBT suggérée, mais sur très peu d’essais : deux études (de Roos 2017 ; Jaberghaderi 2019) ne trouvent pas de différence significative. Cela conforte l’idée de l’EMDR comme alternative valable à la TF-CBT chez l’enfant et l’adolescent, sans supériorité démontrée d’une approche sur l’autre. Attention toutefois : la méta-analyse n’a pas été réalisable (< 3 études) et l’une des études est à risque de biais élevé.

Hétérogénéité importante à interpréter avec prudence : l’écart-type inter-études suggère des effets jusqu’à 50 fois plus importants dans une étude qu’une autre. Cette variabilité tient aux populations (réfugiés, victimes de violences, enfants hospitalisés, adolescents cancéreux), aux protocoles EMDR (individuel, groupe, OTS, PRECI), aux nombres de séances et aux outils de mesure. Il faut donc être prudent dans l’extrapolation à un contexte clinique donné.

Variété des protocoles EMDR documentés : cette revue illustre que l’EMDR est applicable via plusieurs adaptations chez l’enfant et l’adolescent : protocole standard à 8 phases, protocoles de groupe (EMDR-IGTP), adaptations au stress traumatique continu (OTS), protocole d’incidents critiques récents (PRECI). Cela reflète une adaptabilité clinique utile dans des contextes variés (crise, humanitaire, populations déplacées).

Limites méthodologiques à ne pas négliger :

  • Toutes les études sont non aveugles et utilisent exclusivement des mesures auto-rapportées — cela augmente le risque de biais lié aux attentes des participants.
  • Aucune étude n’a utilisé de mesure administrée par un clinicien pour le résultat principal.
  • Les auteurs soulignent que l’aveugle des participants est difficile en psychothérapie, mais que l’aveugle des évaluateurs reste possible et recommandé.

Coût-efficacité : un point à relativiser : le classement 6e sur 10 de l’EMDR mérite d’être lu avec nuance. Comme le soulignent les auteurs eux-mêmes, si les sous-types de TF-CBT étaient regroupés, l’EMDR se classerait au 3e rang. L’EMDR a des coûts d’intervention directs plus faibles, mais dans la modélisation, son efficacité mesurée en rémission est plus faible que celle de la TF-CBT — ce qui génère des coûts de santé à long terme supérieurs dans le modèle. Aucun RCT n’ayant mené d’analyse coût-efficacité intégrée, ces conclusions économiques reposent sur une modélisation et non sur des données économiques directes.

Prévention et intervention précoce : des données nouvelles apparaissent dans cette revue (Osorio 2018, Meentken 2020-2021) mais restent très limitées. Il est encore trop tôt pour conclure sur l’efficacité de l’EMDR comme intervention préventive ou précoce chez l’enfant et l’adolescent.

Pas de signal de sécurité préoccupant, mais peu de données : seules 3 études sur 7 rapportent des données sur les effets indésirables. La vigilance clinique et le recueil systématique des événements indésirables restent nécessaires dans cette population.

Effets sur la dépression et l’anxiété comorbides : l’EMDR paraît associée à des réductions significatives de ces symptômes par rapport à l’absence de traitement. Compte tenu de la fréquence des comorbidités anxio-dépressives dans le TSPT pédiatrique, c’est un point intéressant pour la pratique — à interpréter toutefois à la lumière du petit nombre d’études et de la qualité méthodologique limitée.

Financement et conflit d’intérêts à signaler : l’étude est financée par l’EMDR Association UK, qui est explicitement déclarée comme source de financement et comme lien professionnel de l’auteure principale (prise de fonction comme « Research and Academic Liaison for EMDR UK » en octobre 2024, après la conduite de la revue). Ce point ne discrédite pas l’étude (conduite selon PRISMA, enregistrée sur PROSPERO), mais doit être pris en compte dans la lecture.

Éléments de contexte

  • Article publié en open access sous licence Creative Commons Attribution (CC BY).
  • Enregistrement : PROSPERO (CRD42023463360).
  • Conformité : recommandations PRISMA 2020 et guide CRD de l’Université de York.
  • Équipe de recherche : Sheffield Centre for Health and Related Research, School of Medicine and Population Health, University of Sheffield, Royaume-Uni.
  • Revue évaluée par les pairs : Clinical Psychology & Psychotherapy (Wiley).
  • Soumission : reçue le 23 mai 2025 ; révisée le 30 septembre 2025 ; acceptée le 31 octobre 2025.
  • Financement : EMDR Association UK.
  • Conflits d’intérêts : étude financée par EMDR UK Association. Depuis octobre 2024, Anthea Sutton (auteure principale) a un rôle de « Research and Academic Liaison for EMDR UK », prise après la conduite de cette revue. Déclaration explicite dans l’article.
  • Remerciements : Dr. Russell Hurn (psychologue conseil et président du Comité Enfants et Adolescents de l’EMDR Association UK) a fourni un retour sur la version finale du manuscrit.
  • Disponibilité des données : toutes les données extraites sont incluses dans le manuscrit et le matériel supplémentaire.

En savoir plus 

Références de l’article : Sutton, A., Carroll, C., Simpson, E., Forsyth, J., Rayner, A., Ren, S., Franklin, M., & Wood, E. (2025). Clinical and Cost-Effectiveness of Eye Movement Desensitisation and Reprocessing for Post-Traumatic Stress Disorder in Children and Adolescents: A Systematic Review and Meta-Analysis. Clinical Psychology & Psychotherapy, 32(6), e70186.

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