Archives par étiquette : David Servan-Schreiber

Notre mauvaise humeur de septembre

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Septembre 2006 

« J’aurais dû être un ours. Les ours ont le droit d’hiberner, eux. Pas les humains. » C’est avec ces mots, imprimés en tête du premier article sur le sujet dans un des plus grands quotidiens internationaux – le Washington Post du 24 octobre 1991 – qu’une patiente du docteur Norman E. Rosenthal a forcé le monde scientifique à reconnaître que beaucoup d’entre nous ne sont plus tout à fait eux-mêmes lorsque la lumière du jour commence à décliner à partir de la fin du mois d’août. L’histoire de cette découverte est fascinante.

Continuer la lecture

Comment modifier nos mauvaises habitudes ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Mars 2006

Nous avons tous de mauvaises habitudes, mais changer sa manière de vivre est difficile. Pourtant, au fond de nous, nous sommes convaincus que s’il le fallait vraiment, nous trouverions la force de le faire. Pour Martin, avocat, c’était une question de vie ou de mort, et pourtant… A 50 ans, il en était à son deuxième pontage coronarien. Les artères de son cœur étaient tellement bouchées qu’un troisième pontage n’était pas envisageable. Il fallait impérativement qu’il arrête de fumer, qu’il change son régime et qu’il fasse du sport : les seules approches connues qui soignent véritablement les maladies cardiaques – les médicaments ne venant qu’en deuxième ligne. Sans ces changements, ses chances de survie étaient terriblement faibles.

Continuer la lecture

Qui sait ce qui se passe après la mort ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Mai 2006

Katya avait peur de mourir. Depuis l’annonce de la reprise de son cancer, elle avait une peur intense de ce qui l’attendait de l’autre côté. Katya était statisticienne et, dans sa culture de scientifique et d’athée, elle était convaincue qu’il ne pouvait rien y avoir d’autre qu’« un vide immense, le noir absolu, et pour toujours ». La nuit, elle en avait des crises d’angoisse. Des amis lui avaient dit que les deux tiers des habitants de la planète ne partagent pas cette vision nihiliste : ils croient que chaque âme poursuit son chemin à travers des vies successives. Mais Katya rétorquait que ces mêmes deux tiers de la planète croient aussi au droit de battre sa femme. Ça ne la rassurait pas beaucoup. Je ne pouvais que lui dire, bien sûr, que si quelqu’un prétend savoir ce qui se passe après la mort, il est bien présomptueux. Toutefois, chaque médecin a eu des rencontres étonnantes avec certains patients morts cliniquement – leur électroencéphalogramme est resté plat plusieurs minutes – et revenus…

Continuer la lecture

D’où vient la beauté intérieure ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Avril 2006

Certaines paroles ou images que nous recevons sur Internet nous touchent parfois vraiment. Récemment, pour moi, il s’agissait de phrases d’Audrey Hepburn et de photos de son visage – de sa jeunesse éclatante au rayonnement de ses années de femme mûre. Enfant, elle avait failli mourir de faim dans les Pays-Bas dévastés de l’après-guerre et avait été sauvée grâce à l’aide aux réfugiés des Nations unies. A la fin de sa vie, à la question : « Quels sont vos secrets de beauté ? », elle répondait avec grâce : « Pour avoir de beaux yeux, cherchez des personnes généreuses » ; « Pour avoir une silhouette fine, partagez votre repas avec quelqu’un qui a faim » ; « Pour avoir de beaux cheveux, laissez un enfant y passer ses doigts » ; « Les gens, encore plus que les choses, ont besoin d’être rétablis, ravivés, récupérés et pardonnés ; ne rejetez jamais quelqu’un » ; « La beauté d’une femme n’est pas l’esthétique de son visage mais se reflète dans son âme.

Continuer la lecture

Face à la maladie : dire la vérité et donner l’espoir

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Février 2006

1981, je suis étudiant en médecine dans un grand centre hospitalier : une patiente d’une quarantaine d’années se remet d’une opération difficile du rein… Mère de deux adolescents, elle est très inquiète sur ce que le chirurgien a trouvé : « Est-ce un cancer, docteur ? — Non madame, répond le professeur. Il y avait des cellules anormales que nous avons retirées. Il faudra vous soigner, mais ça ira bien. » Avec les autres externes, nous nous regardons interloqués. Le cancer de cette femme est déjà largement disséminé. Pourquoi ne le lui dit-il pas ? Continuer la lecture

Ne vous demandez pas « pourquoi », demandez-vous « comment »

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Janvier 2006

Gaëlle connaît bien la dépression, alors les explications de ce psy la laissent perplexe. Il lui propose de ne plus se demander pourquoi elle ressent cette impuissance et cette tristesse, mais « comment » elle la ressent.

Continuer la lecture

La leçon de tolérance des babouins

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Décembre 2005 

Dans certains lieux de travail, les comportements des humains s’apparentent étrangement à ceux d’une colonie de babouins. Pour se faire une place, il faut se mettre en avant, à grand renfort de bombage de torse, de regards courroucés et méprisants pour les inférieurs. Et à grands coups de dents pour prendre celle de ses supérieurs. Une fois « arrivés », les nouveaux chefs babouins abusent de leur pouvoir et l’affirment sous forme de coups, de morsures et d’humiliations sur les plus faibles de la troupe.

Continuer la lecture

Cette femme est-elle triste ou en colère ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Octobre 2005

Le premier week-end s’est mal passé, et les deux belles-sœurs, chacune de leur côté, ont décidé que l’autre était décidément « impossible ».

Continuer la lecture

Le cerveau de l’indépendance

 David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Septembre 2005

Peter est dans une salle d’attente. Une fumée semble provenir d’une bouche d’aération. Il regarde les personnes autour de lui : aucune d’entre elles ne semble la remarquer. Peter se replonge dans sa lecture. Mais maintenant, il sent une odeur de brûlé. Il lève à nouveau la tête : aucune réaction autour de lui, chacun lit tranquillement son magazine. Peter se dit que cette odeur n’est pas si forte, et retourne à sa lecture. Dans cette expérience, ses compagnons de salle étaient des acteurs payés pour ne pas réagir. Devant leur stoïcisme feint, il faudra à Peter dix minutes et une fumée étouffante avant de sortir de la pièce pour signaler que quelque chose ne va pas… Un groupe peut-il nous faire croire n’importe quoi, y compris qu’un feu qui nous menace n’existe pas ?

Continuer la lecture

Une nouvelle psychologie positive

Une nouvelle psychologie positive

 David Servan-Schreiber – Psychologies magazine – Juin 2005

L’austère président de l’Association américaine de psychologie fait un constat amer devant tous ses collègues : à 60 ans et au sommet d’une des carrières les plus brillantes de sa génération, c’est sa fille de 5 ans qui lui a rappelé ce à quoi la psychologie scientifique aurait dû se consacrer depuis un demi-siècle. Ensemble dans le jardin, ils arrachaient les mauvaises herbes. Au lieu de se concentrer comme lui sur la tâche, la petite Nikki jetait les herbes en l’air, chantait et dansait. Habitué au travail ordonné et précis, le professeur se tourne vers sa fille et la gronde en élevant la voix. Elle part en pleurant. Mais elle revient quelques minutes plus tard : « Papa, je voudrais te parler. » « Oui, Nikki ? » « Papa, tu te souviens comment je pleurnichais tout le temps quand j’avais 4 ans ? A 5 ans, j’ai décidé d’arrêter. C’est une des choses les plus difficiles que j’ai faites. Si j’ai pu arrêter de pleurnicher, tu peux sûrement arrêter de râler tout le temps. »

Continuer la lecture

Monsieur le ministre, ne méprisez pas la souffrance des patients !

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Avril 2005 

Une récente déclaration de notre ministre de la Santé m’a rappelé pourquoi, il y a vingt ans, j’ai quitté ma faculté de médecine parisienne pour poursuivre mes études au Canada puis aux Etats-Unis. 
J’étais simple externe dans un hôpital lorsqu’une jeune femme s’est présentée, souffrant d’une douleur violente à la hanche que personne n’expliquait. Intrigué, je dénichai à la bibliothèque de l’hôpital un article américain qui montrait que les infections profondes de la hanche étaient difficiles à diagnostiquer. Les tests sanguins étaient souvent négatifs et, en cas de doute, il ne fallait pas hésiter à faire une biopsie.

Continuer la lecture

Comment mesurer le temps du deuil ?

Comment mesurer le temps du deuil ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Février 2005

Parmi les images du cataclysme en Asie du Sud-Est, la plus marquante est celle de ces parents qui voient mourir leurs enfants sans pouvoir faire quoi que ce soit. C’est sur cette douleur que j’avais écrit quelques jours avant la catastrophe du tsunami. Sans prévoir sa terrible actualité…

Continuer la lecture

Ados : un cerveau… immature !

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Décembre 2004

A 18 ans, Benoît emprunte la voiture de son père pour partir en vacances avec des amis. A 2 heures du matin, il roule à 180 km/h sur une route de campagne, la musique pulse dans tout son corps, le marquage blanc de la route défile comme dans un jeu vidéo. Derrière lui, les filles se sont endormies, la tête posée sur l’épaule de leur copain. La vitesse, la musique, les copains, les filles…

Continuer la lecture

La musique aussi soigne

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Novembre 2004

Tous ceux qui étaient assis en cercle se retrouvaient régulièrement parce qu’ils souffraient. Certains avaient un cœur défaillant, d’autres une sclérose en plaques. Marc, lui, avait 12 ans,et son visage déformé trahissait son autisme et son retard mental. Ici, ils pouvaient parler de ce qu’ils ressentaient. Ici, ils pouvaient écouter les autres pour leur offrir un peu de cette présence humaine dont ils manquaient souvent si cruellement. Ce soir, pourtant, ils ne savaient pas comment parler de ce qui venait d’arriver : Paul était mort d’une énième crise d’asthme, plus sévère que les autres. Ses éclats de rire ne viendraient plus jamais baigner le groupe de leur chaleur. Leurs visages étaient fermés, leurs regards s’évitaient. Seules passaient la tristesse et l’impuissance. Malgré tous les efforts de Jackie, l’infirmière qui animait le groupe, les mots ne venaient pas.

Continuer la lecture

Il y a plus urgent que les OGM

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Septembre 2004

C’est le milieu de l’été. Dans un champ de Haute-Garonne, une femme arrache avec acharnement des plants de maïs transgénique. Elle fait partie d’un nouveau groupe d’opposants aux organismes génétiquement modifiés (OGM), le collectif des Faucheurs volontaires. Comme tous ceux qui l’entourent, comme certainement beaucoup d’entre nous, elle espère protéger ses enfants, son propre corps, et toute notre société contre l’invasion de ces nouvelles espèces qui nous font peur. J’admire tous ceux qui ont le courage et la détermination d’aller au bout de leurs convictions. Mais est-ce le bon combat ?
Continuer la lecture

Serions-nous condamnés au stress ?

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Juin 2004

“Je n’ai jamais connu le stress avant de venir en Occident !” Un peu abasourdi, je scrute le chaud sourire de mon interlocuteur tibétain. Kalson est orphelin, il a quitté son Tibet natal à l’âge de 8 ans en échappant aux gardes-frontière chinois, il n’a jamais eu de papiers officiels, il vit dans l’une des agglomérations qui accueillent le plus de réfugiés tibétains – la ville de Dharamsala, au nord de l’Inde –, où il est proviseur d’une école de plusieurs milliers d’enfants, dont des centaines sont orphelins comme lui. Jamais de stress ? Comment peut-il être sérieux ?
Continuer la lecture

Les heures sombres de l’âme

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Avril 2004

Jackie gère mille projets à son travail. Elle s’occupe de ses trois enfants aussi, et parfois elle a même l’impression de prendre en charge son mari. Le plus souvent, il lui semble qu’elle domine tout ça avec aisance. Les horaires d’école, les leçons de tennis, la fête d’anniversaire, le dossier presque terminé que le patron veut finaliser demain, le dîner avec les amis de Thierry… Les objectifs, les contraintes, les ressources, tout cela semble se mettre en place dans sa tête comme un puzzle, assez facilement finalement.

Continuer la lecture

Guérir, c’est rencontrer une partie de soi-même

David Servan-Schreiber  – Psychologies Magazine – Mars 2004

Matthieu se souvient de la violence de son père alcoolique. Quand il y pense, il voit encore, trop clairement, les coups que recevait sa mère, il entend la voix rauque et les insultes maugréées. Malgré tout son désir d’enfant, il ne pouvait rien faire pour arrêter cette folie. De cette époque, Matthieu a gardé un sentiment profond d’impuissance, qui le mine lorsqu’il doit s’opposer à un collègue de bureau ou s’affirmer contre son patron. Pourtant, il sait qu’il n’est plus aussi vulnérable aujourd’hui. Il sait qu’il n’y aura pas de violence à son travail et que son avis est respecté. Il sait qu’il est maintenant adulte, qu’il peut protéger ses enfants, qu’il parle à sa femme sans violence même lorsqu’ils sont en conflit. C’est d’ailleurs parce qu’il sait qu’il ne devrait plus se sentir si souvent impuissant qu’il consulte un thérapeute… Mais tout se passe comme s’il n’était pas suffisamment en contact avec cette partie de lui-même. Cette partie qui peut le guérir.

Continuer la lecture

Notre corps, lieu de l’intuition

David Servan-Schreiber  – Psychologies Magazine – Février 2004

Jacqueline s’apprête à monter dans un ascenseur qu’elle croyait vide. Un homme inconnu est déjà dedans. Il la regarde avec un sourire trop marqué. “Vous montez ?” lui dit-il.
Elle sent son ventre se serrer ; elle a la chair de poule. Quelque chose n’est pas normal. Mais elle ne veut pas être impolie vis-à-vis de ce monsieur qui n’a – somme toute – rien fait de répréhensible, et elle ne voit pas comment elle pourrait dire non. Elle monte dans l’ascenseur. Il la viole. En racontant l’histoire le lendemain à la police, Jacqueline se rend compte qu’elle avait détecté cette silhouette inhabituelle dans sa rue depuis plusieurs jours…

Continuer la lecture

Cette peine qui fait vraiment mal

David Servan-Schreiber – Psychologies Magazine – Janvier 2004

Jim est allongé dans un scanner à résonance magnétique. Il participe en même temps à un jeu sur ordinateur avec quelques autres étudiants de la University of California, Los Angeles (UCLA). Comme s’ils jouaient au ballon sur une pelouse, chacun renvoie une balle digitalisée, avec plus ou moins d’adresse, à un des participants qu’il choisit tour à tour. Jim se demande ce qu’il peut bien y avoir d’intéressant là-dedans pour les chercheurs en neurosciences qui l’ont invité à faire cette expérience… Au bout d’un moment, il s’aperçoit que les autres joueurs lui lancent de moins en moins le ballon, puis plus du tout. Il attend son tour. Ils ne peuvent pas l’avoir oublié puisque son personnage digital est bien là sur l’écran. Les autres doivent bien voir qu’il attend… Continuer la lecture